Interview Rodolphe Donain #1

J’ai toujours eu beaucoup de respect pour Rodolphe Donain.

Qu’est-ce qui fait que l’on se sent proche d’un journaliste?

C’est complexe, et simple à la fois.

Dans le cas de Rodolphe, j’appréciais son intégrité.

Les mots étaient choisis.

J’ai eu envie de l’interviewer, à l’heure où il va collaborer avec le nouveau Gamekult Premium.

 

Bonjour Rodolphe, peux-tu te présenter?

Pendant près de 17 ans, j’ai travaillé dans la presse de jeux vidéo. J’ai commencé à la fin des années 90 sur un service Minitel de solutions de jeux avant d’intégrer la rédaction de PC Soluces. Ensuite, j’ai connu divers médias, essentiellement sur Internet mais en passant également par la TV avec Game One et la presse papier. En 2009, j’ai créé JVN.com et l’aventure s’est achevée après 5 ans d’existence et une vie plus que mouvementée. Depuis, je travaille dans un tout autre domaine et même si je me suis ravi de collaborer ponctuellement avec Gamekult, je n’ai plus du tout le désir de redevenir journaliste de jeu vidéo à part entière.

 

Comment perçois-tu la presse de jeux vidéo française?

On a longtemps cru (moi y compris) que la presse Internet avait des années d’avance sur la presse papier, notamment grâce à sa réactivité et sa supposée modernité. Or, on s’aperçoit que dans son évolution, la presse Internet ne fait que reproduire avec quelques années de retard la mutation de la presse papier. On retrouve les mêmes ingrédients : effondrement d’un business model, volonté hégémonique d’un acteur mais aussi remise en question et émergence de modèles alternatifs. Dans les deux cas, les médias ont été prisonniers d’un système qui les condamnait à produire toujours plus, avec toujours moins de moyens pour un résultat toujours plus médiocre. Avec Canard PC, JV ou encore The Game, je pense que la presse papier a désormais une offre riche. Pour le web, on ira de plus en plus vers une dichotomie entre contenu payant, moyen d’accéder à une forme d’indépendance et de recherche de qualité (même si ça n’en constitue pas une garantie) et contenu gratuit soumis à une course perpétuelle à l’audience.

 

Cet E3, alors?

Je trouve que l’E3 ne se résume plus maintenant, du point de vue du spectateur que je suis devenu, qu’aux quelques conférences qui précèdent le salon. On sent que tous les acteurs veulent exister au travers de ces événements furtifs en contrôlant au maximum leur communication en s’adressant directement aux joueurs sans passer par le filtre journalistique. Les consoliers ont logiquement pour but de faire rêver afin de vendre leurs machines, quitte à ne se reposer que sur l’émotion ou la nostalgie du joueur. Par contre, chez les éditeurs, on sent que l’E3 est le coup d’envoi de la campagne visant à générer un maximum de pré-commandes. On aurait pu croire également que toutes les technologies autour de la réalité augmentée / virtuelle seraient plus présentes mais il est sans doute encore trop tôt.

 

Des jeux de l’été?

Je n’ai pas vraiment de jeux de l’été car c’est une époque à laquelle je joue très peu et quand je le fais, c’est pour revenir sur des jeux que je n’ai pas pu finir ou pour jouer brièvement à de petits jeux sur portable ou smartphone.

 

Gamekult et toi, le début d’une longue amitié?

Au delà d’une éventuelle amitié, il y a surtout un profond respect et une convergence de valeurs, je pense. Il y a encore quelques mois, tu m’aurais interrogé sur un possible retour dans le journalisme consacré aux jeux vidéo, même partiel, ma réponse aurait été négative. Non pas que je garde de la rancœur mais l’évolution du secteur était telle que je voyais à terme la disparition du métier de journaliste, tout comme celui de Responsable Presse chez les éditeurs d’ailleurs. L’avenir nous menait tout droit vers une communication directe des éditeurs vers les joueurs par le biais de community management ou de communication « sponsorisée » via des relais populaires sur youtube, le tout sous l’égide de l’omniprésent marketing. En basant uniquement son modèle économique sur les revenus générés par l’affichage publicitaire, la presse creusait elle-même sa propre tombe. C’est pourquoi j’ai été vraiment séduit par le projet porté par Thomas chez Gamekult et j’ignore s’il réussira mais au moins, il aura eu le mérite de s’élever contre un système mortifère. C’était le moment idéal pour une tentative d’alternative car je suis certain qu’un public, certes minoritaire, est en attente d’une autre presse et comprend la démarche au delà du débat sur la gratuité du net. Dans ce cadre, je n’aurai qu’une participation modeste mais je souhaite sincèrement que le projet réussisse.

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